Discours
  Allocution de Son Altesse le Premier Ministre au Troisième Forum Economique Islamique International - Kuala Lampur  
  28 Mai 2007  
     
 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Que la Paix et la Miséricorde de Dieu soient avec vous,

J’ai le plaisir d’être avec vous, en ce jour, chargé de vous transmettre un message d’affection et d’amitié du peuple Koweitien, qui vous voue de la reconnaissance, pour le soutien et l’aide que vous lui avez offerts lors de l’invasion de l’ancien régime irakien dont il a été victime, un évènement sans précédent  dans les pays islamiques modernes.

Cette horrible invasion fait partie, aujourd’hui, du passé, et le Koweït est devenu, grâce à la bienveillance divine, et au soutien ferme et incontestable de nos amis, un pays dont le peuple se fraie un chemin vers le développement global et la coopération internationale, et œuvre pour la paix. Néanmoins, les évènements passés nous invitent à affirmer l’importance de la coopération entre les pays, et de la solution de leurs problèmes en suspens par le dialogue.

Le sujet à débattre actuellement est :"les Défis Mondiaux et le Leadership Islamique dans le cadre de la Mondialisation". Nous nous devons de reconnaître que c’est le sujet du moment, et d’office, il nous impose divers et multiples défis intellectuels et scientifiques, ici, au sein de cette organisation islamique et internationale.

Chers Messieurs,

Sans doute, nos peuples, ainsi que les peuples du monde entier, cherchent à concilier l’histoire de l’ancienne colonisation, terminée depuis près d’un demi siècle, et la mondialisation que connaît le monde aujourd’hui, et qui envahit les  villages et les villes du monde islamique et du Tiers Monde, et les submergent de divers aspects négatifs et positifs, qui paraissent contradictoires. Dirais-je même que la mondialisation influence, d’une certaine façon, les sociétés occidentales et développées ; c’est une voie à double sens, et, si les pays du monde islamique ne parviennent pas à se dégager de l’emprise de l’occident, l’occident, de son côté, ne pourra pas s'isoler. De ce fait, nous devons tous réaliser un équilibre entre les intérêts communs, qui aboutira à un bénéfice réciproque, d’une façon saine, entre les différentes parties des deux côtés de la route.

Dans ce monde changeant, oh combien nous avons besoin, nous les pays islamiques, de se soutenir mutuellement et de parvenir à une coordination constructive, et à une coopération positive, dans ce monde immense où nous vivons, et qui n’est plus, comme il était décrit auparavant, un petit village, mais qui est devenu un grand immeuble, où tous les habitants sont touchés et affectés, d’une façon directe, par ce que font les uns et les autres, de bien ou de mal. Citons là, à titre d’exemple, les problèmes de l’environnement mondial, et du climat universel qui nous touchent tous, et, ceci  nous prouve, d’une façon flagrante, que nous sommes les habitants d’un même grand immeuble qui s’appelle le « monde », et que ce monde mondialisé ne peut prospérer et avancer sans l’engagement commun de tous les pays, à la coopération et à la paix.

Suite aux évènements du 11 septembre, nous avons, nous les musulmans, eu l’obligation d’assumer une tâche additionnelle, et de fournir des efforts supplémentaires, pour démentir les méfaits commis par une minorité, qui ne représente point l’Islam tolérant, ni les millions de musulmans, et ce qu’ils représentent dans ce vaste monde, comme tendances et interprétations islamiques. Néanmoins, certains cercles des médias mondiaux persistent à confondre la grande majorité,  partisan de la paix, et oeuvrant pour son instauration dans le monde, avec cette catégorie égarée. Ceci a envenimé l’atmosphère mondial, a causé des guerres chaudes ou froides qui ont empêché, jusqu’à ce jour, un grand nombre de nos peuples d'avancer dans la voie des ambitions de développement auxquels ils aspirent, de même qu'ils ont introduit certains de nos pays musulmans dans un tunnel ténébreux et les  ont plongé dans d’horribles et répugnants conflits intérieurs ou extérieurs.

Chers Auditeurs,

Je vois cinq défis principaux auxquels nous devons faire face dans les pays musulmans, sans pour autant, négliger d’autres défis existants.

Quelques uns de ces défis affectent certains de nos pays d’une façon directe, et d’autres, les affectent d’une façon indirecte, mais l’affrontement de ces défis et de leurs conséquences exige de notre part une gestion avisée qui élucide ces défis, et des esprits créatifs pour pouvoir les vaincre.

Le premier défi est la pauvreté qui frappe un grand nombre de nos sociétés islamiques, engendrant une multitude de problèmes chroniques, et infligeant au tissu social des dégâts difficiles à réparer. Le problème de la pauvreté s’aggrave, soit à cause du manque des opportunités dans le marché du travail et de la production, soit à cause de l’accroissement des populations, ou bien à cause de l’exode rural des habitants de la campagne vers les villes, suite à ce manque d’opportunités de travail, dans les campagnes et dans les déserts. Mais, la réduction des taux de pauvreté, afin de vaincre cette dernière par la suite, est le souci majeur qui préoccupe les autorités responsables de la planification du développement dans le monde islamique. La crise de la pauvreté augmente et s’accroît à cause de la pyramide démographique déséquilibrée. Au temps où les populations des sociétés industrielles vieillissent, le taux des jeunes entrant le marché du travail dans nos sociétés augmente. Ainsi, les efforts à fournir, pour la réduction de la pauvreté dans les pays du monde islamique requièrent un travail tridimensionnel, des efforts communautaires locaux, des efforts fournis par l’Etat, et des efforts basés sur la coopération entre nous en tant que pays islamiques. La lutte contre la pauvreté s’inscrit dans un ensemble de trois problèmes que les générations précédentes, qui ont réalisé l’indépendance, ont tant rêvé de vaincre, et qui sont les suivants: les problèmes d'ignorance, de la maladie, et ensuite de la pauvreté. Mais la pauvreté est l’ennemi apparent de la dignité humaine, comme elle est l’ennemi de la stabilité intérieure et extérieure. Cette dernière est liée au fait de se débarrasser de la pauvreté, à la création l’intérieur, des chances de travail productrices, à l’affectation de sommes supplémentaires à l'investissement dans les infrastructures, qui conduit au développement et à l’élargissement du cercle des échanges économiques entre les pays islamiques. Si nous arrivons à fournir tous des efforts réels et accélérés pour faciliter l’échange des marchandises et des services, au sein de ce grand marché islamique, qui compte plus d’un milliard de personnes, nous pourrons réduire les lourds fardeaux de la pauvreté dans les communautés islamiques. Nous, au Koweït, nous déployons, en commun avec d’autres pays, des efforts, à travers les fonds de développement pour promouvoir les domaines du travail productif et de l’investissement dans les infrastructures. Mais, ces efforts sont actuellement limités au niveau de l'Etat et nous devons les élargir avec dynamisme en faisant participer le secteur privé, soit dans l’investissement, soit dans l’échange des marchandises. 

Ceci dit, le pire des facteurs de la pauvreté, est la pauvreté des esprits. Ce sujet là, la pauvreté des esprits, m’amène au deuxième défi qui est l’investissement dans l’enseignement, dans la formation, et dans la recherche scientifique. Sans aucun doute, nous sommes tous conscients de l’importance du capital humain et de la concentration de l’investissement dans ce capital. Cette politique a réussi dans certains pays islamiques; la preuve tangible de la réussite est le progrès et le développement réalisés dans notre pays, et qui sont basés sur le soin porté à  l’enseignement et à la formation. Mais, certains de nos pays islamiques, n’ont pas, jusqu’à ce jour, entrepris d’appliquer cette politique, tandis que d’autres ont appliqué certaines de ces mesures, qui ont négligé, malheureusement, les respects relatifs à la qualité. Dans une grande mesure, notre enseignement dans les pays islamiques, produit deux élites détachées de la réalité: soit une élite en désaccord avec sa société, adoptant le mode de vie occidentale, en sa totalité ou en partie, soit une élite en désaccord avec notre siècle, refusant toute nouveauté et tout modernisme. Ces deux élites se sont égarées de la voie du développement réel et ont introduit leurs communautés dans les voies de la désunion et de la discorde.

Dans le monde arabe qui fait partie du monde islamique, et dont la population est estimée à trois cent millions d’habitants, il y a environ soixante pour cent qui sont analphabètes, selon les rapports des Nations Unis, et l’enseignement qui y est disponible est souvent un enseignement quantitatif mais non qualitatif. Le problème de la meilleure utilisation du capital humain est un problème chronique et non pas passager, dans notre monde islamique et nos pays sont affrontés à de véritables défis dans ce domaine. Si nous n’y faisons pas face avec tous nos moyens, nous raterons de grandes opportunités dans le monde d’aujourd’hui. En effet, l’enseignement est lié à l’utilisation de la technologie moderne, des moyens de communication, et de la recherche scientifique. Cette  dernière est, soit négligée, soit non reconnue, en tant que moteur du développement dans plusieurs de nos pays. Nous devons reconnaître que le modernisation de l’esprit musulman est un défi auquel nous sommes confrontés nous tous, et cette modernisation de l’esprit musulman n’est pas actuellement une exigence culturelle pure, mais une introduction nécessaire à la formation des sociétés musulmanes, afin qu’elles puissent entrer dans l’ère de l’information moderne. Par un bon enseignement adéquat et moderne, nous pourrions rivaliser dans tous les secteurs économiques et nous pourrons, par la suite, réduire les fardeaux de la pauvreté chronique dans certaines de nos sociétés, et nous approcher de l’Etat de la justice, à laquelle nous exhorte notre religion clémente. Dans certaines de nos sociétés, aussi bien que dans le Golfe, nous souffrons du problème de la dépendance,  dans notre revenu  national brut,  d’une seule source tarissable, qui est le pétrole, alors qu'avec le bon enseignement moderne, nous pourrions diversifier les sources de nos revenus à long terme, et créer par la suite, une meilleure stabilité pour nos générations futures.

Le troisième défi auquel nous devons faire face est le défi de la réforme politique : en l’an 1950,  on comptait environ 25% des pays du monde qu’on pouvait qualifié de démocratiques. En 1970, ce nombre a atteint environ 40%, et aujourd’hui, les chiffres nous montrent que ce nombre s’est élevé à 62% des pays démocratiques. Malgré les différences dans la définition du concept de la démocratie, elle ne peut que signifier, d’une manière ou d’une autre, la participation des peuples dans la détermination de leur avenir et dans la solution de leurs problèmes. A ce propos , je répète la citation que nous connaissons tous, celle de James Madison ( le troisième président Américain), qui dit, pour expliquer la difficulté de la mise en application de la démocratie : (même si tout athénien était Socrate, le rassemblement de tous les athéniens, manquerait quand même de sagesse). C’est une citation qui démontre l’ampleur des difficultés dans l’application de la démocratie,  surtout dans son aspect représentatif, auxquelles fait face un grand nombre des pays du monde islamique aujourd’hui. Mais l’idée de la bonne gouvernance, le déracinement de la corruption et de la corruption d’autrui au sein des  gouvernements, est devenu une exigence et une nécessité préalables à tout développement durable ayant comme but la réalisation des ambitions et aspirations des peuples. Le défi auquel nous sommes confrontés, réside dans la méthode requise pour la meilleure application de la démocratie au profit de l’intérêt de nos peuples, pour qu’ils jouissent du bien-être, du développement et du convoiement de l’ère moderne, et pour qu'ils puissent enfin, aspirer à un avenir prometteur.

Le quatrième défi est « notre relation, en tant que Musulmans, avec autrui ».  Comme j’ai déjà mentionné, le monde d’aujourd’hui est un monde « petit » qui rapetisse tous les jours. A cet égard, nous avons une merveilleuse et remarquable idée qui a été suggérée par les dirigeants musulmans et qui est la suivante : 

"Le dialogue des civilisations", au lieu du "conflit des civilisations". Pourtant, nous sommes souvent affrontés  par les médias, qui montrent certains d’entre nous, comme des personnes avides de conflits plutôt que de dialogue. Le soutien de l’échange d’idées et du dialogue est la caractéristique de toutes les civilisations et le prix à payer dans le dialogue, est de loin inférieur au prix à payer dans les conflits. Malheureusement, jusqu’à ce jour, aucun effort n’a été réalisé pour amender la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme », pour y inclure les devoirs avec les droits, et de cette Tribune, et, devant cette remarquable audience internationale distinguée, nous lançons notre appel, à envisager une « Déclaration Universelle des Devoirs de l’Homme envers l'Homme », qui inviterait d’office, à la coopération internationale, pour résoudre les problèmes en suspens, et au partage des fruits de l’investissement. De multiples et de diverses accusations ont été adressées aux musulmans au cours des dernières années, et ils ont été poursuivis pour le simple fait qu’ils sont musulmans. Tout en reconnaissant l’importance de la sécurité nationale de chaque pays dans le monde, nous devons nous aviser de la gravité de la généralisation abusive dans la condamnation des hommes, sans preuve tangible, sur la seule base de la race, de la couleur ou de la confession. Ceci est non seulement illogique, mais, aussi non scientifique. L’élément radial requis à cet effet, est la prédominance des valeurs de l’indulgence et de la tolérance. Suite aux évènements du 11 septembre 2001, une confusion entre la sécurité de l’Etat et les droits des individus a prévalu chez certains, et c’est une confusion à laquelle nous souhaitons remédier dans le proche avenir, afin de parvenir à la fraternisation des cultures, et à leur coopération. En même temps, nous adressons aux médias mondiaux un appel pour montrer cette différence afin de pouvoir réaliser la prospérité commune.

Le cinquième et dernier défi qui me préoccupe est le défi de l’administration moderne, car bien qu’il soit directement lié à la formation du capital humain, il se trouve qu’il est beaucoup plus profond. En effet, l’administration signifie, en plus de la formation du capital humain, et du soin de fournir un enseignement qualitatif adéquat et remarquable, la gestion des ressources disponibles pour les peuples, chez eux et entre eux.

Il y a une maxime prédominante selon laquelle nous ne manquons pas de capitaux dans le monde islamique, que ce soit des capitaux provenant de la production locale de différentes ressources,  ou des capitaux  provenant de l'étranger, pour l'investissement, mais ce qui nous manque effectivement, c’est la conservation de la fortune d’une manière positive, ce qui veut dire, son investissement dans la production et l’utilisation des bénéfices qui en résultent. De nombreuses études nous amènent à conclure que la majorité d’entre nous conservent cette fortune d’une manière défectueuse, et de multiples obstacles bureaucratiques inefficaces retardent son investissement. A titre d’exemple, dans certains de nos pays, la création d’un atelier de confection de chemises nécessite un nombre infini de signatures et d'approbations, tandis que dans l’économie moderne, tous ces obstacles sont aplanis pour simplifier les démarches et les rendre faciles, faisables, et rapides à faire. Il faut ajouter que ces obstacles bureaucratiques se dressent devant l’interaction des potentiels du marché entre les pays islamiques et dérègle le déroulement des transactions du secteur privé. Si certains obstacles bureaucratiques dans les échanges de capital, de travail et de marchandises étaient aplanis, la poussée économique baisserait, ce qui épargnerait,  par la suite nos peuples d’un grand nombre de problèmes dont ils se plaignent. 

Avant de terminer, j’aimerai faire allusion à la direction. Ce qui est remarquable, c’est que la langue arabe nous fournit un rapprochement net entre la direction et la volonté. Quelles que soient les possibilités de développement disponibles que nous possédons, la déficience dans l’investissement de ces possibilités est une déficience dans la direction, et une déficience de la  volonté:  la direction ici, ne réside pas seulement dans la disponibilité des exigences traditionnelles connues de la direction, mais, aussi dans la capacité d’imagination, d’innovation, et de combinaison de ce qui est utile avec ce qui est possible, de ce qui est requis avec ce qui est louable, dans la recherche des idées à l’intérieur et à l’extérieur, et dans l’innovation dans la création des opportunités et la recherche des remèdes efficaces et pertinents pour les blessures, au lieu d'avoir recours à des ordonnances pour des blessures différentes, ainsi que la présence de la volonté chez les particuliers et chez les gens pour l’accomplissement de ces objectifs.

La direction est, comme disent les militaires, l’agent tranchant entre la victoire et la défaite. C'est celle qui connaît, avec précision, les besoins de sa société et connait le temps propices pour lancer les projets sociaux et économiques, et c’est la même direction qui sait que le développement est une évolution économique, et non pas un phénomène figé dont les instruments sont valables pour toute société et pour tout environnement.

Et là, chère audience, je conclus mon discours par ce qui suit : nous avons tous besoin d’échanger nos expériences, notamment nos expériences de développement réussies, d’abord entre nous, et avec les autres pays du vaste monde, par la suite. Nous avons, grâce à Dieu, des expériences bien réussies, soit dans le domaine de la lutte contre la pauvreté ou celui de l'évolution de l’enseignement moderne et de l’investissement du capital humain, soit dans le domaine de la réforme politique, de nos relations avec autrui, des expériences démocratiques ou de l’aplanissement des obstacles de la bureaucratie. Dans tout ceci et dans d’autres domaines, les esprits musulmans se sont montrés particulièrement créatifs.

Il est de notre devoir d'échanger ces expériences et la technologie nous permet d’y parvenir sans difficultés. Nous croyons en la possibilité de résoudre, pacifiquement, les problèmes mondiaux en suspens, et d'éloigner nos pays, nos peuples et les peuples du monde entier, autant que possible, loin des conflits, quels que soient  les efforts à fournir, car ils resteraient, à coup sûr, et de loin, moins coûteux, en comparaison avec les prix et les frais des guerres et des destructions.

Telle est la vision que j’ai voulu partager avec vous, dans ce bref exposé, dans l’espoir de mettre en exécution les points sur lesquels nous nous mettrons d’accord au cours de cette réunion historique.

Je me réjouis, ainsi que tout le Koweït, de vous transmettre l’invitation de Son Altesse Cheikh Sabah Al-Ahmed Al-Jaber Al-Sabah, l’Emir du Koweït, à tenir le prochain forum au Koweït en l’an 2008, et le gouvernement du Koweït, fournira, si Dieu le veut,  tous les efforts requis pour garantir la réussite de notre rencontre en coopération avec le secrétariat du forum. Je souhaite sincèrement de vous tous, une réponse affirmative à cette invitation.

A bientôt.

 
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