Discours
  Allocution de S.A Cheikh Nasser Al Mohammad Al Ahmad Al Sabah à l’Université de Rome Tor Vergeta à l’occasion de l’attribution à S.A le titre de Docteur honoris causa Vendredi  
  22 Mai 2014  
     
 

Monsieur le Professeur Giuseppe Novelli, Recteur de l’Université de Rome Tor Vergeta,
Mesdames et Messieurs,
Pour commencer, j’ai le plaisir d’exprimer ma grande fierté d’être conféré le titre de «docteur honoris causa» en droit comparé et relations internationales de l’Université de Rome Tor Vergeta. J’en suis fier, et en garderai le souvenir pour toujours. Et, en cette heureuse occasion, j’adresse mon entière gratitude et reconnaissance à mon mentor, maître et parrain, Son Altesse, Cheikh Sabah Al Ahmad Al Jaber Al Sabah, qui a béni cette distinction, le doctorat honoris causa, sachant que S.A a passé plus que 60 ans dans le domaine diplomatique, et a bien mérité le titre de doyen du corps diplomatique, pour avoir été Ministre des Affaires Etrangères pour la plus longue durée de temps, et de façon ininterrompue, enrichi par l’expérience des longues années d’action.
Mesdames et Messieurs,
Dans ma mémoire culturelle, le nom de «Rome» évoque une longue et remarquable histoire qui remonte à 2500 ans, à commencer par le Sénat romain, le Panthéon qui a réuni en son enceinte les Dieux de Rome, le Colisée qui a immortalisé la mémoire des empereurs flaviens, le Vatican qui a débuté avec le premier pape Saint-Pierre, et les grands philosophes, poètes, artistes et savants de Rome depuis l’âge de la Renaissance jusqu’à ce jour. J’admire et exprime mes hommages à cette ville magnifique, grande par ses universités, ses facultés, ses instituts, ses centres de recherches, notamment l’honorable Université de Rome Vergeta, et là, je souligne toute mon admiration et appréciation pour cette université, et pour son rôle pionnier dans le domaine de la compatibilité et de la coordination entre les résultants des Systèmes académiques avec les exigences du marché du travail, dû à la réalisation précoce de leur corrélation; j’aimerais aussi, à travers mon allocution, partager avec vous certains réflexions, pensées et opinions, générant de ma propre expérience dans cette vie, notamment dans les relations internationales.
Mesdames et Messieurs,
Je n’aurai pas à répéter ce qui est relaté dans mon curriculum vitae, concernant mon éducation, ma culture, ou mon expérience professionnelle, car, il existe un élément qu’un CV ne peut rapporter, et qui était à l’origine de la formation de ma pensée et de ma culture. En fait, j’appartiens à une famille qui possède une profonde et riche culture dans le domaine du gouvernement et de la gérance des relations régionales et internationales qui remonte à plus de 3 siècles continus. Cette culture a formé pour nous un héritage qui se transmet et que nous développons de génération en génération. Cette culture est une école qui n’est pas de moindre importance dans mon apprentissage que les connaissances que j’ai acquises de l’Université de Genève en Suisse.
Mesdames et Messieurs
Vers la moitié du XVIIème siècle, le Koweït était une terre aride, sèche, et sans eau douce ou potable. Cependant, nos ancêtres, des pionniers, insistèrent à y habiter. Leur instinct leur disait que cette terre, et son emplacement géographique seraient un jour une source de richesse. Par la suite, la première décision civile que prirent ces pionniers fut d’élire une famille gouvernante. Ils ont choisi Sabah 1er pour être le «Cheikh », et le terme cheikh en arabe est un titre de vénération et de respect, qui est généralement déféré à ceux qui ont dépassé la cinquantaine, et qui sont capables de gouverner et d’arbitrer, bref, c’était un titre que les habitants de chez nous attribuaient aux religieux ou aux gens de pouvoirs.
Un siècle plus tard ; les koweitiens réussissent à transformer leur pays en l’un des ports les plus importants parmi les ports du Golfe. Le transit du commerce, la pêche des perles, la construction des voiliers y prospéraient et réussissent à attirer les capitaux des régions avoisinantes; ils formèrent par la suite une flotte commerciale qui parcourait tous les divers ports de l’océan indien de long en large. Des visiteurs occidentaux, tels le Danois Carsten Neibuhr, les anglais William Gifford Palgrave et H.R.P.P Dickson, l’australiens Alain Villiers, relatent dans leurs écrits la compétence des koweitiens, leur efficacité et ardeur dans leur travail, en plus de la bonne qualité de leur industrie navale, de leur honnête ponctualité et de leur travail avec un esprit d’équipe.
Et comme les défis du désert poussèrent les koweitiens vers la mer, la mer en fit un peuple combattant, discipliné, qui fait face aux grands dangers, et qui sait faire fortune. La mission principale du gouverneur était de maintenir l’ordre et de sauvegarder la stabilité, car la stabilité est la terre fertile où croît le commerce. Et c’est ainsi que furent fondées nos relations extérieures, ayant pour bases la sauvegarde de la paix générale, tout en évitant au Koweït d’être impliqué dans les conflits régionaux et internationaux.
Les relations internationales ressemblent aux mouvements des bateaux de mer, dans un océan houleux, avec des vagues énormes, où chaque navire met en œuvre toutes ses compétences pour survivre et atteindre son havre de paix. C’est dans le cadre d’une telle philosophie, que le pouvoir au Koweït a géré les relations extérieures durant ces siècles. Le Koweït était un petit navire qui naviguait entre une multitude de bateaux géants et de flots, et il cherchait à sauvegarder son Independence. Il voulait profiter de la nouvelle situation commerciale prévalante grâce à la réussite des occidentaux à atteindre l’Océan Indien, et éviter en même temps de provoquer les autorités religieuses et militaires des ottomans. Le Koweït cherchait à profiter de la meilleure opportunité de coopération parmi celles qui étaient offertes par les anglais, les français, les russes, et les allemands, tout en veillant à ne pas nuire à ses intérêts dans le désert ottoman. La situation devint critique au moment où il fallait se retirer d’un système international décadent et d’adhérer à un système international en ascension. Et, pendant cette période de situations critiques et difficiles, le gouvernement réussit à traverser cette période de grandes transformations dans la région, et à sauvegarder le Koweït en tant qu’une entité, puis un état géré par des cheikhs, ensuite un Emirat, et finalement un Etat indépendant contemporain.
Mesdames et Messieurs,
Dans l’Etat du Koweït contemporain la puissance du Koweït n’est plus restreinte à son emplacement stratégique et à la prospérité de son port maritime, elle est plutôt due à la découverte du pétrole qui lui a permis d’ajouter deux sources supplémentaires de puissance, le pétrole et l’argent. Cette situation imposa la révision des bases sur lesquelles nous avions établi nos relations internationales pendant la période de la dépendance sur le commerce, parce que le Koweït était devenu l’un des pays qui avaient un rôle efficace dans les stratégies de l’énergie. Et c’était un rôle qui lui imposait de reconnaître son nouveau caractère international et sa responsabilité vis-à-vis de la paix mondiale. A cette fin, les Koweitiens entreprirent de modifier les bases sur lesquelles avait été fondé le Koweït. Ils organisèrent des élections libres pour choisir une assemblée institutionnelle qui avait pour mission de modifier le contrat social qui liait le gouvernement au gouverné depuis le début, et de le transformer en une nouvelle constitution; il en fut de même pour le régime consultatif spontané (al-Choura), qui fut converti en régime démocratique, fondé sur le principe de la séparation des pouvoirs. La gestion de la nouvelle fortune financière fut fondée sur 3 nouvelles bases:

  • La première: engager des dépenses pour la modernisation du Koweït et pour son développement.
  • La deuxième: déduire un certain pourcentage des revenus pétroliers au profit des générations futures.
  • La troisième: apporter le soutien financier et technique aux projets de développement et aux problèmes humanitaires dans les pays pauvres.

Il en fut de même pour la gestion du pétrole qui fut établie sur les bases suivantes:

  • Premièrement: développer notre capacité productive aux plus hauts niveaux pour répondre aux besoins du marché.
  •  Deuxièmement: considérer le pétrole comme une marchandise stratégique pour les autres nations. Autrement dit, veiller à ne pas exagérer son prix ou l’utiliser comme facteur de négociation.
  •  Troisièmement: encourager l’industrie pétrolière à l’intérieur du Koweït.

Ces bases précitées ont réussi à faire du Koweït la perle du Golfe. Le Koweït ne se limite pas à être simplement une ville moderne décorée par des gratte-ciels et qui fournit des services grâce au matériel de haute technologie; il est un peuple débordant de vie et de bonne volonté; il dirige l’industrie de la pensée, de l’opinion et de la culture dans la région, et il est considéré comme le peuple le plus expérimenté et le plus actif dans le domaine de la production de l’argent au Moyen-Orient. Les politiques de gouvernance susmentionnées firent du Koweït le pays le plus avancé parmi les pays contemporains dans la création des fonds souverains, et l’un des premiers dans la création des fonds de développement dans les pays pauvres.
Mesdames et Messieurs,
Ces politiques produisent des relations internationales remarquables et inestimables. Leur valeur fut démontrée lors de toutes les crises qui ont frappé le Koweït, notamment pendant l’invasion iraquienne le siècle dernier, lorsqu’un rassemblement international global fut formé pour soutenir le Koweït et l’assister. L’efficacité de ces politiques a été prouvée sur le plan humanitaire, où le Koweït réussit à y jouer un rôle axial, en y accueillant cinq conférences sur son sol ces deux dernières années:

  • Deux conférences internationales consécutives pour les donateurs soutenant la situation humanitaire en Syrie. Tenues en réponse à la demande de l’organisation des Nation Unies ce qui met en valeur la place qu’occupe l’Etat du Koweït auprès de l’organisation des Nation Unies. Et cette place importante fut couronnée par l’obtention de S.A l’Emir Cheikh Sabah Al Ahmad Al Jaber Al Sabah, un certificat d’appréciation de l’ONU en reconnaissance pour les efforts de Son Altesse, dans le soutien humanitaire dans le monde. Aujourd’hui, je peux dire en toute fierté, que Son Altesse est une référence pour nos amis à travers le monde.
  • Le troisième sommet afro-arabe intitulé «Partenaires dans le développement et l'investissement»;
  • Le Sommet arabe;
  • Et le sommet du CCG au cours de la même année.

En outre, et compte tenu des défis internationaux et régionaux et des développements rapides qui les accompagnent, les politiques du Koweït lui a permis de jouer un rôle conciliatoire quant aux relations entre les pays du monde.
Mesdames et Messieurs,
Mon expérience dans les relations internationales m’a appris que la réussite s’appuie moins sur l’aide étrangère que sur la confiance en soi. Elle m’a appris de même que la force du système de la paix internationale n’est point basée sur la masse des pays, mais plutôt sur les compétences de faire face à la puissance des autres. Ainsi l’existence de grands pays et de petits pays ne peut pas signifier que les petits pays sont des pays démunis de force, car les petits pays ont un rôle aussi influent dans la cohérence de la paix internationale que les grands. Et là, j’aimerais citer un petit conte symbolique, intitulé: «le petit caillou», écrit par le poète libanais «Elia Abou Madhi». Ce récit relate l’histoire d’un barrage solidement construit sur les abords d’une petite ville. Il comprenait des rochers énormes et des petites pierres. Dans ce mélange des pierres, un caillou minuscule dans le mur du barrage se sentit inutile et sans valeur parmi ces grands et beaux rochers; il choisit de se retirer pour descendre dans les fonds, laissant derrière lui le petit trou insignifiant qu’il occupait. Une fuite d’eau, minuscule au départ commença par couler pour aboutir à l’effondrement total du barrage, et à la noyade de la ville. C’est un récit symbolique qui indique l’importance du rôle de tous les pays dans la sauvegarde de la paix internationale quelque soit leur masse.

Pour terminer, j’espère avoir pu, à travers cette allocution, dévoiler une partie du savoir et de l’expérience pratique accumulés au long de trois siècles de notre histoire, desquels j’ai été inspiré, et auxquels s’ajoutent mes études et mon expérience personnelle. J’aimerai renouveler l’expression de mes profonds remerciements à l’Université de Rome Tor Vergeta et son corps académique, et plus spécifiquement au professeur Giusepe Novelli pour ma nomination à cette distinction, et à vous tous mes souhaits de plus de progrès et de prospérité.
 
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